31 mars 2007

Tous ego

J’ai toujours été surpris de la facilité avec laquelle, certains déballent leurs problèmes sur la toile. De même, il m’est toujours apparu comme très surprenant, le fait de publier des écrits sur sa vie, en y abordant tous les sujets les plus personnels, tels que la mort de ses parents, sa première expérience trioliste, ou son incommensurable impuissance…

Longtemps j’ai essayé de comprendre comment, une personne à l’égo raisonnable, pouvait être persuadé que sa misérable existence pouvait intéresser quelqu’un d’autre qu’elle-même et son nombril. Cette question m’a longtemps turlupiné, provoquant la plupart du temps un agacement lattant assez difficile à dissiper. Je tournais en rond, pour arriver toujours au même résultat : il faut une foutu confiance en soit, et un sacré amour propre pour oser s’aventurer dans des proses interminables au sujet d’affaires tout à fait personnelles dont on demeure le seul à connaître le ou les enjeux réels. Des enjeux qui, vues de l’extérieur se situent sur l’échelle de l’importance, entre le choix du bon baril de lessive à la superette du coin, et celui du bon jour pour rentrer ses géraniums avant les premiers gels…

J’ai finalement compris que plus que de vulgaires outils d’auto-propagande narcissique, ces ouvrages ou ces blogs sont en fait les éléments majeurs d’une véritable thérapie. Moins chers et sans doute aussi efficace qu’une séance de psy (je m’aventure un peu la…jamais mis les pieds chez le psy) ils donnent le sentiment d’être écouté. Et dans la plupart du temps ce sentiment se confirme et devient une certitude. Effectivement, nos soit disant problèmes de fuites de chasses d’eau donnent parfois naissance à de vrais débats et à des échanges vraiment passionnants.

Le besoin de parler de soi et quelques choses que l’on ressent tous. Les humbles sont en réalité une belle bande de faux culs montés sur starting-blocks, parés à partir au quart de tour à la première infime question à leur attention. Demandez l'heure à un modeste, il vous collera sa Rolex sous le nez en se targuant de l’avoir payé le prix d’une petite Fiat (neuve). J’ai connu un mec comme ça. Il était ridicule (et roulait en Ford)…

Si j’imagine que les générations passées ont couvé une sacrée ribambelle de frustrés (because pas d’internet…brrrr, le bagne cette époque !) aujourd’hui, j’ai dans l’idée que si l’internet a fait naitre bien des soucis, il aura au moins fait disparaître celui-ci : "la solitude". Et je ne vous cause pas de solitude "physique" (pour le coup, je pense qu’à ce niveau les choses ont plutôt tendance à empirer…) mais bel et bien de solitude "morale" (le syndrôme "personne ne me comprend"). Si les chances de recevoir une réponse en provenance de la croix (ou similaire) fixée au dessus de son lit, à nos questions d’adolescents étaient quasi-nulles (pour ne pas dire nullissimes), aujourd’hui, le moindre petit blog pouilleux dénombre au moins un lecteur par semaine. Et cet unique lecteur suffit à donner l’impression d’être écouté. Mieux encore, l’anonymat de ce lecteur permet même de se laisser aller aux problèmes personnels abordés précédemment. Au pire personne ne les lira...et quand bien même, on ne saura jamais qui…

Bref, je m’égare. Tout cela pour dire que si j’ai beaucoup écrit à une certaine époque (quasiment un message par jour pendant une courte période) c’est que j’en ressentais le besoin. C’était une aide. J’aimais qu’on me lise c’est vrai, mais le plus jouissif dans l’histoire était d’avoir des choses à raconter…chiantes, comme mon boulot à cette époque. Et que ça fasse rire les gens. Aujourd’hui, si je n’écris plus, c’est que je n’ai plus rien à dire. Non pas que tout aille bien, simplement que j’ai déjà les réponses à mes questions…

Finalement, et après relecture de ce que je viens de lire, j’ai peut être moi aussi un ego démesuré.

Dans ce cas, je pense que je vais opter pour le baril d’Ariel...