11 janvier 2009

Albert Almighty

A première vue, Albert est un type quelconque. Transparent. Insignifiant. Le type de gars qui rentre au poil de cul dans les cases des instituts de sondage. LE français moyen. Des gars comme lui, les villes en sont gavées. Il n’est rien, mais pour lui, c’est déjà beaucoup.

Albert n’est pas divorcé. Et c’est bien le seul à trouver ça normal. Dans son pavillon quelconque en banlieue parisienne, sa vie est un éternel recommencement. Ses journées sont aussi prévisibles qu’un mauvais thriller américain.

Il a bien un fils mais ne l’a jamais vu. Le fruit accidentel d’une première histoire d’amour éclair avec une jeune diplômée de l’école de police, dont il a préféré refouler tout souvenir, sitôt tombée la nouvelle de cette grossesse pas vraiment fortuite.

C’était le gamin ou la dernière Renault 10 Gordini. Albert a choisi.

Albert est commun, donc. Une différence toutefois, par rapport à Jean-Pierre et Eliane, ses voisins de gauche (respectivement commercial chez Peugeot et mère au foyer), ou Patrick et Geneviève, ses voisins de droite (respectivement gérant d’un Décathlon et assistante dentaire), Albert pratique le Métro-Métro-Dodo.
Une discipline réservée aux seuls salariés cheminots de la RATP.

Un bien beau métier que celui de permettre aux usagers de circuler d’un bout à l’autre de la capitale, et même en banlieue. Albert sait que son poste est important. Et parfois il en abuse.

Comme le laisse présager sa profession : Albert est un connard.

Il aime les grèves qui durent et les gens entassés dans les rames. Les vieilles dames qui s’évanouissent, les étudiants i-podés collés aux aisselles nauséabondes des représentants en costard, les personnes de petite taille, la tête coincée dans le cul serré des jeunes femmes en route pour prendre leur service chez Sephora, les joueurs d’accordéon insultés par des usagés à bout de nerfs, tout ça il kiff. C’est LE pouvoir, son petit plaisir.

Dans sa rame, son gros cul posé sur sa chaise molletonnée, il est dieu.

Aujourd’hui, c’est le deuxième lundi du mois et le résultat du suicidothon. Plus que deux dépressifs à démembrer et il remporte le tracteur tondeuse.

Et comme Patrick et Geneviève en ont déjà un. Il croise les doigts.

Un tracteur. Ça ce serait le bonheur…

2 commentaires:

Anonyme a dit…

pour Cloclo, le bonheur c'est le marteau :)

taly

Anonyme a dit…

Jules racontes nous la suite, Mardi 13 Janvier .......... Ce C... d'Albert n' était il pas avec ses camarades de Sud Rail?????