Puisqu'il est apparemment possible de tirer quelque chose de positif de toutes situations, je dirais que je suis actuellement en train de vivre une véritable expérience. Rien de sexuel ni de spatiotemporel la dedans seulement, je suis depuis un mois dans un autre monde. Un monde "professionnel". La vie couleur kaki, couleur café, moquette grise anthracite, couloirs et journées interminables, un site plein de bâtiments, eux même plein d'étages plein de salles pleines de boxs pleins de chaises, de tables et de câbles réseaux. Un espace gavé de personnel numéroté ou organisation rime avec obsession. Un lieu ou l'on parle travail pendant les "pauses café" et ou l'on boit du café en travaillant (d'où ma question : à quoi servent les pauses ??). Une planète rigueur dirigée par le dieu Excel et son Power pote. Je serais d'ailleurs prêt à parier que la firme souffrirait plus d'une dévaluation de l'action Microsoft que du décès pur et simple du grand patron, dans un attentat contre le siège social, avenue de la Grande Armée...
Bref, ce parc la, c'est pas Disneyland.
Le bon coté, disais-je (et c'est d'ailleurs, passés outre mes problèmes financiers, LA raison pour laquelle j'ai accepté ce poste) c'est que jamais je n'avais évolué au sein d'une structure de cette ampleur. Jamais je n'avais badgé au tourniquet tous les matins, et autant côtoyé de cravates de toute ma vie. Je vois les deux à cinq mois qu'il me reste à faire ici comme une sorte de leçon, mon "service militaire professionnel" ou je vais apprendre à respecter les règles, les horaires et à ne pas sortir de blagues salaces à la secrétaire.
Le fonctionnement ici, est à la fois simple et compliqué. Grossièrement je dirais que chaque décision est l'objet non pas d'une, mais d'une série interminable de réunions visant à savoir quand organiser la prochaine réunion, en jonglant avec les plannings surbookés de chacun des participants, en mouvement perpétuel entre Rennes, Sochaux, Mulhouse, Vigo ou Porto Real...
J'assiste alors de mon petit bureau, planqué au fond d'une salle du 4ème derrière le poste de l'assistante de direction, à un véritable défilé d'hommes et de femmes, chroniquement speed, qui se croisent sans se dire bonjour, plus parce qu'ils ne se connaissent pas que par manque de savoir vivre. Pas folichon tout ça.
Je suis donc, moi qui jusqu'à présent n'avais été habitué qu'au boulot en équipe jean/baskets sur un fond de "Fun Radio", en lévitation au dessus de ce petit monde. Non pas pour cause d'un quelconque complexe de supériorité, mais plutôt parce qu'il m'apparaît évident que jamais, oh grand jamais, je ne parviendrais à adopter cette façon de travailler (c'est d'ailleurs plus une question de volonté que de capacité). Certain sont fait pour ça (grand bien leur fasse), pas moi...
Impossible de ne pas cogiter quand j'entends certains de mes collègues compter leurs points de retraites et se réjouir parce qu'il ne leur reste plus que sept ans à trimer. Difficile de ne pas flipper quand, en consultant le trombinoscope, j'aperçois mon supérieur hiérarchique, pattes devant les oreilles et chemises BeeGees, devant un rideau orange d'époque René Cotti.
Cette gigantesque machine pour laquelle je ne suis rien, est en fait un concentré de tout ce qui me file la trouille. Rester ici, c'est me rapprocher un peu plus chaque jour de leur idéal à eux. Des gens pourtant plus que fréquentables, ayant réussit leurs vies professionnelles (et semblerait-il leurs vies personnelles), aimables, courtois et tout sauf idiots.
Des gens de bonnes moeurs comme diraient certains...
...et pourtant j'accroche pas...
2 commentaires:
Prends des notes, prends des notes !
Ça pourra servir pour un scénario...
vous n'avez pas de coeur! qu'y -at-il de plus dur que d'aller tous les jours travailler dans un endroit où l'on se sent si mal? (ce que je comprends)
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