1947. C’est l’année de Jean Robic, vainqueur d’un tour de France du renouveau (et oui, déjà…). A cette époque les participants portent encore leurs chambres à air en bandoulière, tels des mercenaires leurs munitions. Certaines routes sont à peine goudronnées, les vélos pèsent le poids d’un 103 Peugeot (c’est une mob, pas une voiture…), parmi les 10 premiers au général, on décompte pas moins de 5 français (comme aujourd’hui, à 5 prêt).
Le tour de France, ca sent bon les vacances. Les bouchons sur la nationale 7 avec la Panhard et le pic-nic sur la nappe à carreau en regardant passer les coureurs. Albert Seringue venant à peine de faire breveter son invention (un tube de verre coiffé d’une aiguille creuse servant à injecter des liquides dans les bras des malades) personne n’a encore été disqualifié pour tricherie. Et on grimpe toujours le Galibier en plus de 8 minutes…
Le petit Jean René grandit dans une famille sans histoire. Un père représentant chez Radiola, et une mère au foyer, font de lui un gaillard solide bien qu’un peu gras du bide. Deux redoublements, et un service national calamiteux plus tard, il est lâché dans la vie active. Brisé.
Il enchaine les jobs foireux. Homme canon à la foire du trône, modèle chez Bidibule, mascotte chez Orangina ou figurant pour le cinéma russe (dans le rôle de la poupée)…
En 1972, il s’entiche de Mauricette, journaliste pour le tout jeune Podium, torche cul de la star montante mais imbuvable du moment : Claude François. Rencontre qui changera son devenir à jamais et marquera ses premiers pas dans le journalisme.
Dés lors son destin est scellé. Après deux ans à la rédaction des fiches de Marc Toesca pour le TOP50, et un court passage dans la chanson (il est le premier interprète du tube planétaire "Big Bisou", plagié par Carlos), il croise finalement le chemin de Gérard Holtz lors des JMNM* dont il couvre le déroulement pour "Radio Ici et Maintenant".
En 1989, c’est comme arbitre d’un combat de titan entre LeMond et Fignon que le gros Jean René entre dans la légende du cyclisme. Après le passage de la ligne, et les 8 maudites secondes qui viennent de couter la victoire au Français, il prononce cette phrase dont tous les gros nazes pleins de bières qui courent sur le bord des routes, se souviennent sans doute encore : « Alors Laurent, heureux ? ».
Cette fois, sa patte est posée. Il sera, et ce pour des décennies, l’incontournable bedonnant transpirant du petit écran et de la reine du même qualificatif. L’homme des questions débiles. Les « qu’est ce qui vous a manqué pour réussir ? », « vous avez abandonné lors du prologue, vous tenterez de faire mieux l’an prochain ? », « selon vous qu’est ce qu’ Armstrong a de plus que les autres ? » bref, toutes les interrogations à la mords-moi le nœud que seuls les grands savent se poser.
En 89, Fignon perdait pour 8 secondes.
C’est à peu prêt le temps qu’il m’a fallu pour ne plus pouvoir piffrer Jean-René Godart…
* Journées Mondiales des Nabots Mielleux
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