
Autant vous prévenir tout de suite, seule une poignée d’élus comprendra quelques choses aux lignes qui vont suivre (et au titre...). Ce qui tombe plutôt bien c’est qu’ils sont les quasi-seuls lecteurs de ce blog…
J’étais hier soir (ou devrais je dire "ce matin très tôt") devant ce même écran. Minuit et des poussières, la mule me signale que l’un de mes téléchargements est arrivé à sont terme : "Méga Compil’ des années 80", ou un medley de tous les tubes de France et d’ailleurs, qui ont bercés les folles années de ma jeunesse (je télécharge ce que je veux !).
La majorité d’entre nous lorsque l’on prononce "tube des années 80" répond, un sourire aux lèvres, quelques choses comme "Début de soirée", "Image" "Gold", "Lio", "Niagara" ou un peu plus loin, "Wham !", "Talk Talk" ou "Eurythmics". Des chansons que l’on écoute, l’air nostalgique en se remémorant les clips débilos qui les accompagnaient souvent.
Il en est d’autres dont on ne se rappelle plus trop mais dont les premières notes suffisent à nous rendre la mémoire : en vrac, "OMD", "Europe", "Kim Wilde", "Leopold Nord", "Partenaire Particulier", "Jean-Pierre Mader", "Elsa", "Bibi" ou "Desireless".
Et puis il y a les autres. Les "monotube" quasi anonymes que l’on qualifiait par la mélodie de leurs chansons mais dont la véritable identité nous est et nous a toujours été totalement inconnue. Qui connaît "Blues Trottoir", "Cookie Dingler", "Laroche Valmont", "Les Avions", "Rose Laurens", et surtout, surtout l’inconnu des inconnus: "Philippe Cataldo"?!?
Car c’est bien Philippe qui m’a replongé entre 00h38 et 00h43 dans une époque que je pensais avoir totalement oubliée. Son "tube", un morceau d’un peu plus de cinq minutes, tout synthé aux paroles quelques peu périmées aura ouvert une porte dans mon esprit, dont je croyais avoir égarée la clé depuis bien longtemps. Me voilà donc, au beau milieu de la nuit à écouter une chanson on ne peut plus ringarde, "Les divas du dancing", en partance pour un voyage de 20 ans en arrière.
Je suis dans ma chambre sur ma moquette bleue marine à fouiller dans ma caisse de Majorettes, en plastoc marron sur roulettes. Devant moi mon bureau blanc à poignées rouges, avec à sa droite une volumineuse poubelle en métal, arborant une Cadillac Eldorado rose bonbon au milieu de cocotiers. Aux murs Lucky Luke et Joly Jumper côtoient une authentique Porche Targa noire et LA Ferrari 308 GTS rendu célèbre par Tom Selleck.
Je viens d’installer mes deux tapis mousses de petites voitures en haut des escaliers dans le salon face à la bibliothèque et de me faire enguirlander par Sandra parce que je suis au milieu du chemin. Sandra justement, est dans sa chambre, j’entends son parquet qui grince. Sans doute en train de s’asseoir à son bureau face à sa collection de gommes, pour griffonner son journal intime blanc à cœurs roses, dont une serrure dorée aussi facile à forcer qu’un cabriolet en plein mois d’aôut, est censée assurer la confidentialité.
Dans le salon, deux canapés design, gris anthracites à boutons argentés et une table basse carrée couleur bois font face à un imposant téléviseur Telefunken et à sa télécommande à boutons métalliques. Posée à coté, une console CBS et une pile de jeux vidéos (Zaxxon, LadyBug, Mr.Do, DonkeyKong...). Au milieu du chemin, devant les escaliers descendant à la salle à manger, un bloc de verre provenant des plafonds du métro parisien et faisant habituellement office de cendrier, a été réquisitionné pour empêcher à l’auréole qu’il recouvre de s’agrandir, en recueillant l’eau jaunâtre provenant du Velux 3 mètres plus haut, en cas d’averse.
La chaîne JVC, style métal poli, affiche 104.7 et nous joue donc le fameux morceau.
J’entends plus bas, Maman qui a interrompue son travail, en train de jurer contre Hyppolite qui a encore dégobillé sur le lino blanc à bandes rouges de la cuisine. Papa est en bas. Il ne fait pas du chocolat mais est probablement dans sa cave voûtée, caché derrière sa planche à dessin, du salpêtre plein les cheveux en train de réaliser au rapido les plans de son prochain stand.
J’avais commencé en douceur avec Kim Wilde et son "You Keep Me Hangin'On" , tube que j’adorais et qui m’était totalement sortit de l’esprit. Je n’étais pas fan du tout de Philippe Cataldo (d’ailleurs qui l’était ?), la particularité de ce morceau est que j’ai dû trop peu l’écouter pour m’en souvenir mais suffisamment pour le garder dans un coin de mon esprit. Une sorte de mémoire morte, renfermant des tas de détails insignifiants dont il n’est pas indispensable de se rappeler.
Des détails logiquement oubliés car depuis 20 ans les choses ont quelques peu changées. Le bureau blanc à poignées rouges a du probablement passer à la benne avec Luky Luke et Joly Jumper. Ma porche Targa noire s’est malheureusement trouvée sur la trajectoire d’une fuite dans la toiture et a finit dans la poubelle Cadillac. J’utilise toujours l’ampli de la JVC, la radio et le lecteur cassette ayant rendu l’âme depuis des lustres, idem pour la télé, remplacée à deux reprises. J’ai moi-même mit les canapés anthracites qui n’avaient plus aucun bouton, sur le trottoir. Le lino de la cuisine et la cuisine tout entière d’ailleurs ne sont plus de ce monde. Idem pour Hyppolite, que mon père considère depuis 1992, comme porté disparu, puisque nous n’avons jamais retrouvé son corps. La cave a retrouvée sa fonction originelle de cave et la planche à dessin a finit sur ebay avec la console CBS.
C’est ce genre de conneries qui vous fait vous rendre compte à quel point les années filent. Je suis pas de nature nostalgique, mais j’étais hier soir dans un état plus proche de la déprime que de l’Ohio. Pourquoi ??? Je ne sais pas trop.
On aimerait juste parfois, revenir en arrière pour savourer tout ces petits moments une dernière fois, aussi banals soient-ils.
Mon cher papounet ne cesse de me répéter que regarder le passé ne sert pas à grand-chose.
Il est pourtant des choses qu’on ne peut résolument pas oublier…