07 mars 2006

Le monde de Nemo

De l’autre coté de ma vitre électrique, les gens emmitouflés dans leurs anoraks passent en regardant leurs chaussures. Il est 8h55, quelque part dans Poissy.

C’est toujours la même rengaine. Mon alarme se déclenche à 7h40. C’est les pieds traînants que je m’extirpe finalement de sous ma couette, quinze minutes plus tard. Nat est déjà sur le départ alors que je foule à peine le bac de douche. Elle me souhaite une bonne journée. Je lui réponds machinalement la même chose en essayant tant bien que mal de régler la température de la flotte qui me tombe sur le torse. Mon bras droit attrape ensuite le gel douche posé dans le petit balconnet en métal fixé au mur, l’index de ma main gauche en ouvre le capuchon. Application bras gauche puis bras droit, retour du gel à sa place originelle. Je frotte quinze secondes, tous les endroits de mon corps que mes mains peuvent atteindre. Je me retourne. Tête sous l’eau. Chair de poule. Je me réveille.

Premier exercice de la journée, tenter de sortir de la douche sans me casser la gueule. Coup d’œil dans le miroir. J’ai une sale gueule. L’eau calcaire me file des plaques rouges. Je me dit qu’un de ces quatre, j’irai voir le dermato. Coup de rasoir, de spray Adidas, retour dans la chambre. Plus de fringue propre, ah si voilà un t-shirt acceptable. Le futal d’hier fera l’affaire. Chaussettes propres. Impossible de mettre la main sur la paire. Tiens, celle-ci est dans les mêmes tons. De toutes manières tout le monde s’en fout, et je reste le cul vissé sur ma chaise le plus clair de mon temps.

Je dévale les escaliers, il est 8h17. Le pare-brise de la Swift est givré. Je sens que je vais encore me retrouver sur le carreau. Miracle ça démarre. Je gratte les vitres pendant que titine chauffe, puis pose mon manteau sur le siège passager. Installation de la façade du Pioneer. "Again" de "Archives" reprend la ou je l’avais stoppé la veille.

C’est partit. Comme d’hab’, une bouffonne tente de me passer devant au rétrécissement peu avant le pont du Pecq. Je jure tout seul, une voiture sur deux, c’est pourtant pas compliqué. Je cède. Madame est contente, sans doute sa seule satisfaction de la journée. Je lui souhaite quand même de se manger un platane en rentrant ce soir.
Gros ralentissement dans la cote de St Germain. "Again" est toujours aussi interminable. Un scooter me double et touche mon rétro. Gros con. Les voitures ronronnent, cul à cul. J’ai le regard vide. Une fille en Punto venant en sens inverse me lâche un sourire. Elle est mignonne, je lui rends la pareille. Place Royale, l’étoile version light. Priorité ? Connais pas…
A la dégonfle, je fend le flux d’autos, de ma puissante 4 cylindres. Ce matin ça passe. Le château de St Germain pointe ses douves. Encore un rétrécissement mais cette fois on me la fait pas.

A partir de la, la route se dégage. La traversée du bois vers Poissy est une formalité. Ca roule bien comme tous les jours. Le golf de St Germain puis les premiers bâtiments de ma ville de destination. Je croise cette vieille dame que je reconnais à sa voiture : la même que la mienne. On est comme les chauffeurs de bus, solidaires dans notre solitude. C’est à peine si on ne se fait pas des appels de phares.

Je cherche une place. On va tenter la même rue que d’habitude, un peu loin de mon bureau, mais hors de la zone bleue. Entre une prune et un retard de plus, le choix est vite fait. Ils n’ont qu’à me filer une place de parking après tout.

Place en vue, créneau, contact, autoradio. Pas envie de sortir de la voiture ce matin. Ca caille et on est lundi. Je déteste le lundi. Je me perds pendant deux bonnes minutes dans mon rétro intérieur.

J’atterris à nouveau.
De l’autre coté de ma vitre électrique, les gens emmitouflés dans leurs anoraks passent en regardant leurs chaussures. Il est 8h55, quelque part dans Poissy.

Un début de journée, copie carbone de l’avant avant-veille et du lendemain. Le parfum du gel douche, le morceau sur le Pioneer ou le grilleur de priorité changent parfois, mais la lassitude est toujours la même. On tourne en rond dans nos vies comme le poisson dans son bocal. Ce mouvement perpétuel serait il cependant aussi insoutenable s’il donnait lieu à un quelconque épanouissement ? Non, évidemment que non.

On a pas de mal à se lever le matin quand on sait qu’on se couchera différent. Le tout est de savoir pourquoi on se lève. En ce moment je ne sais pas pourquoi je me lève. Mon compte en banque évolue, moi pas.

On a tous des objectifs. Des désirs inavoués, des brochures colorées, planquées sous l’oreiller, que l’on regarde avant de s’endormir. La mienne parle d’un monde ou le travail est une passion, un passe temps, un loisir. Un monde ou l’on travaille comme d’autres jouent au golf ou à la PS2.

Juste vivre pour travailler...et pas l’inverse…

5 commentaires:

Anonyme a dit…

le meilleur reste à venir ...

j_christ a dit…

Juste une question:

C'est quoi exactement l'appareil que t'as rendu à la fille en Punto ?

Un sèche-cheveux ? Un batteur électrique ?

Anonyme a dit…

Si tu cherches une vocation, je te conseille scénariste. Surtout si tu aimes jouer à la console...

Anonyme a dit…

Chuuuut ! Ca porte malheur !

Jule a dit…

C'était un appareil dentaire.

Je vois que mon malheur vous amuse. Ben vous allez être content, c'est pas prêt de s'arranger... :(