12 février 2003

Jaisalmer - Inde

Le bus…ce moyen de transport me sort par les yeux. Après notre, pour le moins éprouvant, voyage entre Udaipur, que nous quittions à regret, et Pushkar, nous avons remis le couvert cette nuit, jusqu'à Jaisalmer…ce fut plus long, et plus chiant que tout ce nous avions connu jusqu’à présent. Douze
heures dans un bus bon pour la casse sur une route (ou devrais-je dire, un sentier…) pas vraiment entretenue, assis dans un fauteuil, un ressort qui me rentre dans le cul, avec à ma droite une fenêtre qui s’ouvre à chaque soubresaut du bus (c’est-à-dire toutes les quatre secondes environs) et à ma gauche, Baptiste qui se débat avec le gars, couché dans le couloir qui pompe toute la place…vraiment un calvaire !…on l’a cherché remarque…

Nous arrivons à Jaisalmer alors que la montre pointe sur les sept heures du mat’. Je suis malade comme un chien avec des douleurs abdominales qui me feraient accepter n’importe quel hôtel à n’importe quel prix du moment qu’il y ait une salle de bain avec des chiottes non-turques… Baptiste, quant à lui, marche au radar.

Le système à Jaisalmer, concernant l’accueil des touristes, est un peu différent de celui pratiqué dans les autres villes. Une troupe de chauffeurs de rickshaws (une meute de chiens affamés qui vendraient leur mère pour qu’on les suive !) nous
attendent à la sortie du bus en brandissant la carte de l’hôtel avec lequel ils ont un accord. Ici, la course est gratuite. Le rickshaw qui ramène un client touchera de la part de l’hôtel, une petite commission dont j’ignore le montant exact (secret-défense).Du délire ! A peine avons-nous posé le pied sur le sol sablonneux de Jaisalmer, que tous se jettent sur nous comme des lions sur une gazelle. Et ça hurle des trucs dans tous les sens (une espèce de dialecte indy-glish incompréhensible) visant sans doute à présenter tel ou tel hôtel, et ça se bouscule, et ça tape sur nos épaules de tous les côtés pour attirer notre attention… Au bout d’un moment, le tout devient tellement insupportable que je hurle un stop libérateur et me dirige avec Baptiste vers la Jeep de notre voisin de bus qui avait eu tout le temps de nous vanter les mérites de sa propre guest-house pendant la dernière heure de notre interminable voyage…

Jaisalmer est une cité magique. Une espèce de forteresse au milieu du désert, arborant une seule et unique couleur sable qui la fait se fondre dans le décor. De loin elle peut s’apparenter à une sorte de château-fort. De près, on réalise en fait l’ampleur de la chose et ses dimensions pour le moins impressionnantes. Le fort est en fait, au centre d’une petite ville, elle-même entourée par une seconde ligne de fortifications. La frontière pakistanaise n’est qu’à une centaine de kilomètres et des avions de chasse brisent le calme de la cité, environ trois fois par jour. Jaisalmer reste néanmoins un endroit reposant à l’architecture fascinante. Les bâtiments internes au fort semblent être comme taillés dans le roc. On accède à la place principale par une large allée pavée (une sacrée côte à grimper !). C’est de cette place que partent toutes les petites ruelles assurant l’accès aux
nombreuses habitations, hôtels et restaurants que contient le fort.

Les autos étant apparemment interdites dans l’enceinte du fort, notre Jeep nous dépose à un rickshaw qui lui-même nous dépose devant notre hôtel. Nous somme accueillis par Indra, le maître des lieux, un gaillard au dimensions forçant le respect, et parlant un français plus que convenable compte tenu de ce que nous avions entendu jusqu'à présent. Après quelques présentations banales mais utiles, Indra nous propose la fameuse balade en chameau dans le désert, piège à touristes dans lequel nous nous laissons tomber. Une journée dans la sécheresse du Rajasthan qui commencera par une balade en Jeep le matin et la visite de deux temples, continuera par un repas préparé sur place, à l’ombre d’un arbre et finira par une balade de plusieurs heures à dos de chameaux (une bosse…et ils appellent pourtant cela des chameaux…étrange) au milieu des dunes, d’où nous observerons le coucher du soleil avant de revenir sur la ville. Nous rejoignons ensuite notre chambre et sombrons dans un profond sommeil jusqu’à midi.

Le Rajasthan est apparemment un lieu très apprécié par nos chers compatriotes de l’hexagone. On croise autant de Français ici que de chinois dans le 13ème, c’est impressionnant. A peine sortis de notre chambre, les yeux à peine ouverts, nous
tombons sur Olivier et Philippe, deux Parisiens, en Inde pour deux semaines, qui nous proposent immédiatement de partager le repas avec eux, histoire de faire connaissance. Arrivés sur la place centrale, nous tombons sur Jean-Jacques et sa
charmante fille Sarah…nous voici six, en direction du resto’ « chez Monica », chaudement recommandé (le resto, pas Monica !) par notre bible depuis quatre semaines : le Lonely Planet…

Après un succulent repas à parler de notre bonne vieille France, nous nous séparons pour visiter, chacun à notre rythme la ville et ses alentours (nous les recroiserons tous au moins une fois dans l’après-midi). Après une balade au bord du lac, et un coucher de soleil gâché par une vilaine brume à l’horizon et un joueur de flûte qui nous cassait les oreilles (je l’aurais bien payé pour qu’il s’arrête) nous voici, encore, au resto en compagnie de nos deux voisins de chambrée, et d’un troisième Français, Cyril, illuminé et très zen, ayant comme projet, de passer une semaine à Rishikesh, capitale mondiale du Yoga (non loin de Shimla, une de nos futures destinations).

La table voisine est occupée par des français (très original) avec qui nous nous mettons à partager nos expériences indiennes. Ils nous vantent les méritent d’une ville, Mt Abu, qui selon leurs dires mérite encore plus le détour que le si populaire Agra. Bien que tentés l’espace d’un instant, de modifier encore notre itinéraire, nous décidons avec Baptiste de garder la tête sur les épaules et de nous en tenir à notre plan initial…Mt Abu, ce sera pour une autre fois.

Enfin un vrai lit et du silence…nous n’avons pas volé cette nuit à l’hôtel Surya, qui nous a fait un bien fou. Nous nous réveillons sous un soleil toujours aussi généreux et mettons le cap vers le lieu de rendez-vous d’où nous entamerons notre
journée dans le désert. Ross, un anglais proche de la cinquantaine est déjà la. Nous grimpons dans la Jeep et quittons Jaisalmer pour la première étape de la journée, une sorte de Sanctuaire jouxtant la vieille ville…pas vraiment captivant. S’en suivront plusieurs étapes pas plus passionnantes, du minuscule temple paumé au milieu de nulle part (où on nous a encore proposé de faire un don pour Ganesh, Vishnou, Hanuman et les autres…), à la visite d’un village ou il n’y avait vraisemblablement rien à voir, à part des gosses qui nous demandaient de l’argent, en passant par une sorte de « camps de travailleuses » ou l’on a pu observer des
femmes creuser des sortes de digues en prévision de la mousson (que font les hommes pendant ce temps-là ?).

Tous ça pour dire, qu’à la fin de la matinée, nous commençons sérieusement à nous demander si l’on ne s’est pas fait comme qui dirait « entuber ». La suite des événement nous a fait mentir. Le délicieux repas, préparé devant nous par notre guide, et le chauffeur de la Jeep (un succulent Tali, très bon, bien qu’un peu relevé) une fois englouti, nous entamons notre balade à
dos de chameau…anthologique !

Le chameau (à une bosse donc…j’aurais juré le contraire) est vraiment un animal étrange. Au premier abord, il est assez adorable mais après l’avoir observé, et avoir passé pas loin de trois heures sur son dos, je peux désormais dire qu’il n’est pas mon animal favori.
Le chameau n’est en fait, pas vraiment l’incarnation de la propreté. Etant le dernier de la file indienne (amusant ça !) que composait nos trois montures (Ross en tête, Baptiste devant, puis moi) j’ai pu en fait m’apercevoir que cet animal passe en fait son temps à chier et à uriner. C’était du moins le cas du mien et de celui de Ross, Baptiste ayant eu la chance de tomber sur un chameau vraiment pas chiant (un mâle sans doute…éh éh). Le plus ignoble reste tout de même le fait que, non content de se soulager sous nos yeux, l’animal ne peux s’empêcher, pendant qu’il opère, de balancer sa queue de haut en bas, aspergeant par la même occasion son passager d’une urine jaunâtre et malodorante (…et je précise qu’il effectue le même
rituel lorsqu’il fait popo…tout un programme). Bien qu’ayant parfois les idées un peu tordues, je n’en suis pas encore arrivé au point d’apprécier de payer pour me faire déféquer dessus…bref…

La balade s’est quand même révélée fabuleuse, et marcher dans les dunes du désert de Thar est vraiment vraiment quelque chose d’unique. Il règne ici un silence comme je n’en ai jamais entendu (normal pour un silence me direz-vous…)…une fabuleuse expérience. Le coucher de soleil sur les dunes vaut aussi son pesant de cacahuètes…

Retour vers 19h00 sur Jaisalmer. Nous croisons Jean-Jacques et Sarah puis Cyril, Olivier et Philippe, et nous donnons rendez-vous après une séance décrassage plutôt bienvenue. Nous finissons notre soirée au resto surplombant la place (la table à notre droite était encore occupée par des français…est-il encore utile de le préciser !) avant de nous diriger vers la gare pour choper notre train direction Jodhpur en compagnie de Philippe et Olivier.

Notre arrivée à Jodhpur est prévue pour les 6h00 du mat’…nous pourrons voir le soleil se lever sur la cité bleue. J’en ai l’eau à la bouche…

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