Bien bien bien…qui n’a jamais entendu parler du Taj Mahal? Certains ont même pris l’habitude de le compter parmi l’une des sept merveilles du monde…ce qui n’est pas le cas (eh non !)…
Shimla nous avait bien plu malgré le temps plutôt limite, un tantinet nuageux…qu’allait-il en être d’Agra? La descente de Shimla vers Kalka, où nous attendait notre train pour Delhi, ne restera pas dans ma mémoire comme un moment d’intense plaisir routier… Disons que le style Alesiesque de notre chauffeur ne m’aurait pas vraiment plu sur route sèche…Imaginez la même chose avec de la neige…une tuerie… Nous arrivons finalement à bon port (ou plutôt à bonne gare) pour aussitôt repartir pour Delhi. Trajet normal, sans histoire en sleeper class…pas grand chose a raconter donc…je m’endors, le cul à peine posé sur ma couchette…jusqu’au petit matin…
Delhi, cette ville est un monstre, une usine, un pays à elle toute seule… Nous avions un goût amer dans la bouche concernant les grandes villes. On se souvient de Chennai et ses rues dégueux, et de Bombay…et de ses rues dégueux… Delhi, à première vue, semble aussi avoir des rues dégueux…rien de bien original en somme. Si l’apercu (très cours apercu) que nous en avons eu ne m’a personnellement pas autant traumatisé que Bombay et Chennai, c’est peut-être que nous avons debarqué dans la capitale sur les coups de 6h 30 du mat’, une heure où les rues sont bien désertes… Nous parcourons tout de même les rues en rickshaw (sur un vélo donc, à ne pas confondre avec auto-rickshaw), à la fraîche, pour aller de la gare de Old-Delhi à celle de New-Delhi, là où nous attend notre train pour Agra. Trajet sans histoire, sympathoche un Delhi en éveil… L’arnaque du jour revient à une agence de voyage située en face de la gare de New-Delhi, explications : notre second billet Delhi-Agra ne nous permet pas, dans un premier temps, d’avoir une place assise dans le train. Les raisons restent encore inconnues, le fait est que lors de l’achat du susdit billet à Shimla, le guichetier nous avait dit : "pour le moment vous êtes sur liste d’attente, mais aucun problème, rendez-vous au "tourism office" en gare de New-Delhi, et ils vous trouveront une place". Nous, un peu decalqués au petit matin, les yeux encore tout collés, demandons au premier quidam que nous croisons, où se trouve le "tourism office". Le gaillard, l’âme généreuse, nous prend donc sous son aile en quête du fameux bureau. Nous traversons la rue, et arrivons en face d’un immeuble qui, selon les dires de l’homme en sandales, renferme ce que nous cherchons. Nous entrons et sommes accueillis par un autre homme en sandales, tout sourire, qui nous propose de confirmer notre billet (nous trouver des places assises donc), moyennant un ajout financier frisant les 200 roupies…euh…là ça coince. Nous tournons les talons et partons en lui lâchant un sourire un peu forcé plus proche du "saloperie d’escroc" que du "merci mon brave"… Nous recroisons notre guide du moment, l’envoyons péter dans les fraisiers et retournons vers la gare. Et là, en gros, inscrit sur un panneau rouillé mais lisible, nous lisons : "tourism office". Nous grimpons les escaliers, dix secondes, entrons dans le bureau, deux secondes, envoyons paître un gamin qui nous tendait la main, une seconde, demandons à une guichetière de confirmer notre billet dans un anglais parfait, quatre minutes trente secondes… total, quatre minutes et quarante-trois secondes pour avoir nos places assises dans le train…et cela sans débourser le moindre centime…de quoi devenir dingue…ah les voleurs !!!
Le trajet jusqu’à Agra est plutôt pépère…trois heures à buller sur une couchette (en plein jour, oui oui)…
Nous redoutions quelque peu l’arrivée à Agra. On nous avait prévenus, à plusieurs reprises, de nous méfier de la vague de chauffeurs d’auto-rickshaws qui s’abattrait sur nous à peine le pied posé sur le quai de la gare…ça n’a pas loupé...
Un premier gaillard moustachu nous interpelle, à peine mon gros orteil ayant gouté à l'air poisseux de la gare centrale. L'homme nous propose un forfait : deux cents roupettes pour la journée du lendemain pour se faire balader de place en place par auto-rickshaw. Au programme, le Fort Rouge, Taj Mahal, Baby Taj et quelques artisans locaux. Nous répondons oui...je sais pas trop pourquoi, mais le fait est que nous répondons oui... Après avoir trouve un hôtel avec notre ami "rick-shawiste" nous partons en quête de notre billet pour Varanasi, qui, semblerait-il, soit assez difficile à obtenir pour la simple et bonne raison qu'il n'y a qu'un train par jour et que la demande est assez conséquente (Varanasi est généralement la destination suivante après Agra, pour les voyageurs). Le chauffeur (que nous appellerons Alfred...j'ignore son nom véritable...) nous dépose à une agence tenue par l'un de ses amis. Nous rentrons. Un homme, turban sur la tête, descend, s'assied en face de nous et nous lâche un "welcome my friends" mielleux à souhait...pas très bon tout ça. Nous lui faisons part de notre requête : deux billets pour Varanasi en "Sleeper Class". Nous payons la modique somme de six cents roupettes pour deux, et nous faisons promettre d'avoir nos billets le lendemain soir...jusqu'ici tout va bien. Là ou ça merdouille généralement avec les commercants indiens, c'est lorsqu'ils essayent de tisser avec vous des liens autres que professionnels...genre limite amicaux. C'est le cas ici. L'homme nous fixe cinq secondes avec un sourire benêt, nous dit "I'm happy, this is my birthday today" et nous invite à une soi-disant soirée, que, grosse erreur, nous imaginons plus champagne/petits fours que Coca/pistache, l'homme ayant l'air plus riche commercant (il est assez gras et joufflu), que mendiant SDF. Là encore, allez savoir pourquoi, nous acceptons... Nous revenons le soir à l'agence. On nous fait monter à l'étage dans une pièce basse de plafond (Passe-partout y tiendrait à peine debout), sans fenêtres, avec un tas de vieux tapis poussiéreux enroulés et entassés dans le fond...pas trop la salle de bal que nous avions imaginée. Le mielleux et Alfred nous rejoignent quelques secondes plus tard et se postent en face de nous, dans un fauteuil Emmaus branlant par toutes les lattes. Le mielleux prend la parole, et nous propose un vrai marché à l'indienne (je rappelle que nous sommes les invités, et que l'on n'a rien demandé à personne) : "vous payez la boisson, je paye la nourriture". Bon, soit, pour la troisième fois nous acceptons. Et allons-y pour la bouteille de Rhum à cent-cinquante roupettes...le mielleux, quant à lui, nous apporte deux paquets de cacahuètes qui piquent, deux crêpes au massala et une petite assiette de poulet aux oignons...bref, environ cinquante roupies de bouffe...un vrai partage à l'indienne... Pas trop le repas a la Loiseau (RIP) auquel nous nous attendions... Je rappelle au passage que nous sommes six, et non plus quatre, deux amis du mielleux nous ayant rejoints...bref... Nous bouffons rapidos (pas trop le choix...) en regardant la coupe du monde de cricket à la télé (le sport national)...plutôt sympa... Nous nous apprêtons à prendre congé quand le mielleux nous fait une autre proposition, et nous invite le lendemain soir à déguster un succulent poulet cuisiné facon locale...nous acceptons (mais pourquoi bon sang ?) Nous quittons l'agence de voyage (que nous appellerons "la ruche" (rapport au mielleux) vers les 21h 30. Alfred nous raccompagne à notre hôtel, ou nous ne tardons pas à sombrer dans un profond sommeil...
Nouvelle journée, nouvelle donne. Nous attaquons ce vendredi l'esprit clair, bien decidés à savourer la visite de la ville qui nous attend. Alfred passe nous prendre vers 10h 30, juste le temps pour nous de savourer un succulent petit déj' sur la terrasse de l'hôtel, avec vue sur le Taj. Au programme to-day, le Red Fort, Baby Taj' et quelques artisans locaux... Le Red Fort, doit son nom (est-il utile de préciser cela?) à la couleur de ses remparts. Un rouge orange le rendant vraiment immanquable. Nous pénétrons à l'intérieur après nous être acquittés des deux-cent-cinquante roupies nécessaires à l'obtention du ticket. Au bout d'une longue allée (rouge, évidemment), nous arrivons dans le premier des deux grands espaces verts que contient le fort. Le tout est parfaitement entretenu, ce qui, en Inde, est plutôt rarissime. A notre droite un grand bâtiment (rouge, encore) que je ne sais pas trop comment qualifier. Le tout est de plain-pied, avec une petite cour intérieure...plutôt jolie, et surtout très calme, la majorité des touristes s'engouffrant dans la partie principale du fort... Le "jardin" principal donne en fait accès à toute une série d'autres bâtiments, tantôt rouges (ba oui...), tantôt marbre. Notre visite est bercée par les coups de marteaux des tailleurs de pierre, travaillant à la réfection de l'allée centrale (je vous laisse deviner la couleur...) Nous quittons le fort après deux heures d'une visite plutôt agréable, rejoignons Alfred et partons déjeuner.
Il est près de 14h 30 lorsque nous pénétrons dans la fabrique d'objets en marbre. Assez intéressante la manière dont les artisans fabriquent toutes ces tables, tous ces plateaux, échiquiers et autres sous-bocks qui ornent la boutique dans laquelle nous nous trouvons. Assez intéressante également, mais limite gonflante l'insistance avec laquelle ils essayent de nous refourguer les susdits objets pour des prix tirés vers le haut...de quoi nous filer le vertige. Nous parvenons à quitter le magasin après environ deux heures d'une lutte acharnée... Même rituel lors de l'étape suivante, en remplacant cependant les objets en marbre par des tapis. Le vendeur est tout de même moins coriace et nous libère au bout d'une petite vingtaine de minutes... Il est près de cinq heures. Nous passons rapidement devant le Baby Taj, que nous prenons en photo de l'extérieur et partons en direction de la ruche, déguster notre poulet, en compagnie d'Alfred et du mielleux.
Il est 19h, nous avons faim. Nos estomacs crient famine et il nous tarde de déguster le si convoité poulet. Nous remontons dans l'antre de Passe-partout, nous postons aux mêmes places que la veille en compagnie d'Alfred qui nous sort, a 19h 08, la blaguounette du jour (je commencais à désespérer...) "ça fera deux cents roupies par tête"... Pris d'une soudaine envie de rire, de pisser et de vomir (une sensation étrange), je regarde Baptiste qui visiblement n'est pas d'humeur joyeuse. Nous tentons d'expliquer à Alfred, tout en restant courtois (je rappelle que nous avons payé nos billets mais que nous ne les avons pas encore...) que deux cents roupettes c'est un peu chéro, et que nous préférerions aller dîner à l'extérieur. Le mielleux rapplique et nous sort, sur un ton mielleux (évidemment...) qu'il est prêt à se sacrifier, que l'argent n'est pas un problème et que cent roupies chacun suffiront (ca m'énerve quand j'y repense...quel connard !) Nous acceptons donc, un peu pris au piège. Je tiens à preciser qu'en Inde, il est facile de se faire péter la lampe pour à peine cinquante roupies. Nous nous attendions donc à un vrai festin, genre un demi-poulet par personne avec de la sauce partout et du riz à foison pour accompagner le tout. Tu parles...le mielleux nous ramène au détail près, la même assiette de poulet au oignons que la veille. Regard vers Baptiste "est-ce que par hasard quelqu'un dans la pièce ne serait-il pas en train de se foutre de notre gueule?" Quelques minutes plus tard, un homme gras vient nous rejoindre et se poste à notre droite. Il se présente comme étant le beau-frere du mielleux. Apres une soirée faussement joyeuse, à se raconter des blagues faussement drôles en compagnie de vrais cons, nous regagnons notre hôtel, avec un goût amer dans la bouche.
Nous revenons le lendemain matin, pour réclamer nos fichus billets pour Varanasi. Cette fois, c'est le beauf qui nous accueille, tout sourire...mefiance donc... Il nous invite à entrer pour attendre le mielleux, en course à l'extérieur (à la chasse aux pigeons, sans doute). Après quelques minutes de silence il se met a nous parler de quelques chose que j'ai encore un peu de mal à comprendre...une sorte de proposition de job, qui, selon ses dires nous permettrait de gagner près de deux mille dollars US en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Pas très catholique. Premier trait de génie de ces trois jours à Agra...nous refusons (quand mêêême)... Pas de mielleux au bout de trente minutes, nous quittons la ruche non sans nous être fait promettre auparavant de nous faire livrer les billets de train à notre GuestHouse...
Direction Taj-Mahal. Nous faussons compagnie à Alfred et entamons, seuls, la visite du si populaire monument. Les sept-cent-cinquante roupettes à débourser à l'entrée nous font un peu déglutir mais qu'importe...cela doit probablement valoir le coup... Nous entrons...effectivement, ça vaut le coup. Un jardin immense avec à son centre un long canal. Au bout, trois édifices monumentaux. A droite et à gauche, deux mosquées de pierre rouge, identiques, que l'on apercoit à peine tant le monstre de marbre, au centre, pompe toute notre attention. Le Taj-Mahal est immense et d'un blanc immaculé. Il est couvet d'inscriptions, qui, même si elles ne me parlent pas des masses, rendent le tout absolument fabuleux. C'est grandiose, monumental et impressionnant.
Nous quittons le site avec des images plein la tête et retournons à notre GuestHouse. Apres une longue attente, le mielleux rapplique enfin, 1h 30 avant le départ de notre train. Il tente de nous piquer un peu plus de pognon, prétextant des taxes sorties d'on ne sait où. Nous refusons, il nous file nos billets, toujours avec un sourire bien relou, et se casse enfin...
Nous quittons la guest non sans avoir salué Loic et Marie, nos amis du moment. Gare d'Agra, notre train arrive avec une bonne quarantaine de minutes de retard. Nous grimpons et nous mettons en quête du contrôleur qui normalement devrait pouvoir nous trouver des places, le mielleux n'ayant pas été foutu de nous trouver des places assises (le comble !). La journée des cons. Le contrôleur nous envoie péter dans les fraisiers commes des malpropres. Nous entamons donc notre nuit, d'abord à deux sur une couchette aimablement prêtée par Gwendal et Sophie, un couple de francais plutôt sympathiques, et manifestement généreux (Gwendal nous cuisine même du riz au cumin à l'aide d'un réchaud de camping...dans le train, tout est normal...), puis dans le couloir du train, un peu froid et pas hyper confortable. A 4h 30 des places se libèrent enfin. Nous ne les quitterons pas jusqu'au matin...
Varanasi promet. Les images que nous en avons vues sont fabuleuses. C'est énervés comme des puces que nous débarquons à la gare centrale...
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire