Sucre, c’était purement génial... c’est quasi diabétiques, en overdose de cette ville dont nous commençons apparemment à devenir dépendants (pire que du Coca je vous dis!) que nous grimpons dans notre bus pour Potosi, après nous être acquittés du montant raisonnable du billet et, toute dernière trouvaille (ils ne savent plus quoi inventer) d’une "taxe" de gare (comme les taxes d’aéroport, si si !) de deux bolivianos (à quand les taxes de sièges ?).
La qualité du bus est à la hauteur de celle des routes, plutôt médiocre donc, mais qu’importe ?... la beauté du panorama nous fera vite oublier les quelques couinements intempestifs de notre carrosse.
C’est sur le premier hôtel du LonelyPlanet que nous et nos rencontres sucrettes, avions décidé de nous retrouver à Potosi. L’hôtel Felcar semble en effet proposer des prestations assez sympatoches pour un prix dérisoire (ils le sont tous plus ou moins en Bolivie). Nous nous mettons donc, sitôt descendus du bus, en quête du lieu convoité. C’est alors que mon cerveau commençait à effleurer l’idée de lever le doigt pour héler un taxi, que l’un des rares touristes de notre bus m’interpelle, l’air jovial. Il parle Français avec cependant un fort accent fleurant bon les collines berlinoises. L’homme corrigera mon erreur de jugement assez rapidement, c’est en effet du Luxembourg que Paul est issu. Il est cool, amical et, chose excellente, parle un espagnol plus que respectable.
Nous traçons la route à trois et nous engouffrons dans Potosi. Avec un sac de vingt kilos sur le dos (dont pas loin de deux et des bananes pour cette p... d’antiquité d’ordinateur de malheur) je ressens en à peine trente secondes les prémices d’un essoufflement avancé dû à l’altitude. Le bus que Paul somme de s’arrêter est donc plus que bienvenu. C'est après quelques questions par-ci par-là, genre "Que es le nombre de esta calle, por favor ?" (la technologie du panneau indicateur n’est apparemment pas encore arrivée jusqu’ici...) que nous apercevons enfin le nom de notre hôtel sur une vieille pancarte crasseuse. Manque de pot, nous avons choisi le seul et unique lieu en travaux dans la ville. Nous enjambons (mais pas en croûte... ça c’est pour Papa!) donc une demi-paire (un seul donc...) de sacs de ciment et pointons nos truffes chargées des vapeurs de la ville, au guichet mélaminé de la réception. Nous sommes, trois minutes plus tard, étendus sur nos lits respectifs (Paul partage une chambre triple avec nous).
Les sacs à peine défaits, nous démarrons notre sondage de la ville, à la recherche tout d’abord d’un restaurant, histoire de remédier à une monumentale faim qui nous tiraille le ventre depuis de trop longues heures.
Paul nous fait part, entre autres, de son intention le jour suivant de partir en expédition guidée, dans l’une des nombreuses mines jouxtant Potosi. J’ignorais pour ma part tout, jusqu'à leur simple existence (ok, j’ai pas vraiment révisé avant de venir...). C’est apparemment LA Chose à ne pas manquer ici, et nous décidons donc, Baptiste et moi-même, sans trop savoir à quoi nous attendre, de le suivre dans cette aventure le jour suivant.
La nuit sera plutôt dure pour moi. Les quatre-mille-quatre-vingt-cinq mètres d’altitude ne me posant apparemment pas uniquement des difficultés à reprendre mon souffle, mais également a trouver le sommeil... Je me retourne dans tous les sens sur mon multi-spear (celui-ci étant plutôt mono que multi mais bon...) avant de finalement sombrer d’épuisement, le ciel commençant déjà à s’éclaircir.
Le meilleur remède à cette nuit trop courte, histoire de ne pas m’endormir dans un wagonnet pendant la visite de la journée, serait encore une bonne douche (elle me servira par la même occasion à me laver un peu...tant qu’à faire…). La gérante de l’hôtel nous avait assuré une eau chaude entre 8 heures et 17 heures...impossible de lui reprocher quoi que ce soit, l’eau était effectivement chaude, bouillante même. C’est par séquences de trente centièmes de secondes que je prends ma douche, consacrant le reste de mon temps à tenter de trouver une hypothétique manivelle (ou bouton, ou poignée... qu’importe du moment que ça fonctionne) me permettant de baisser cette fichue température, et de faire disparaître par la même occase le nuage de vapeur transformant la cabine en sauna, et commençant à s’étendre dans tout l’hôtel... Bref, je sors finalement de là (trente secondes pour trouver la poignée de la porte) transpirant comme un bœuf, et regagne ma chambre glaciale (pour choper un rhume on n'a pas fait mieux) pour m’habiller.
L’hôtel grouille de Français. Nous avions déjà, la veille, taillé le bout de gras avec deux d’entre eux. Aujourd’hui, c’est avec Pia et Manu que nous partageons le petit déj’. Ils nous parleront des mines qu’ils ont visitées la veille. Viendra s’ajouter à cela le rapide salut de Daniel et Christelle, nos amis Toulousains rencontrés à Samaipata, et Hilgueness et Claudia, respectivement Canadienne et Allemande, croisées elles pour la première fois à Santa Cruz. Nous ferons également connaissance ce matin-là (matin béni...) d’une adorable anglaise répondant au doux nom de Chloé (plus Français comme nom, connais pas) et parlant la langue de Molière de la façon la plus parfaite qui soit (la perfection à son sujet ne se limite d’ailleurs pas à la langue qu’elle parle... on se calme... l’altitude sans doute!). Bref, Chloé nous présente Andrew (cela commence à faire du monde, faudrait un shéma !) anglais de souche lui aussi, bien sympathique et reprenant au moindre détail toutes les caractéristiques physiques des gens de l’île du nord tels qu’on les imagine. Nous les convainquons tous deux de nous accompagner l’après-midi dans les mines et partons en leur compagnie en quête du guide qui nous y emmènera.
Les mines étant l’attraction number one ici, cela ne nous prendra pas plus de quinze minutes. C’est pour cinquante bolivianos que Johnny (c’est le nom du guide) nous baladera pendant près de quatre heures, tout d’abord dans le marché des mineurs (où nous achèterons quelques présents, ainsi que de la dynamite, et les mèches qui vont avec... véridique!) puis dans les tunnels des mines de San Miguel, à plus de quatre-mille-trois- cents mètres d’altitude mais à tout de même pas loin d’une cinquantaine de mètres sous le niveau du sol.
Le départ est donné à 13h30. Nous prenons place dans la fourgonnette et nous rendons au marché. Celui-ci est en fait une rue dont tous les magasins sont consacrés à une seule et unique chose: la mine. On y trouve toutes les marques de dynamite, tous les types de mèches, mais également des feuilles de Coca et autres produits dont usent fréquemment les employés des mines. Johnny nous concocte un petit panier garni pour cinq Bolivianos par personne.
Après une ascension de prêt de quinze minutes (nous sommes maintenant accoutrés de l’attirail du parfait touriste mineur: combinaison imperméable jaune, lampe et casque Playmobil sur la tête), nous pénétrons enfin dans la mine.
Cette visite fut assez impressionnante. Le seul moyen de vraiment réaliser les conditions exécrables dans lesquelles travaillent ces mineurs est bel et bien de les voir à l’œuvre. Les faits sont durs, et le milieu dans lesquels évoluent ces centaines d’hommes fait qu’ils ne passeront pas pour la plupart la barre des cinquante ans. Leur travail est un enfer au quotidien. Des journées de douze à quatorze heures à creuser millimètre par millimètre une pierre plus dure que le métal à l’aide d’outils préhistoriques, dans des galeries tenant debout par l’opération du Saint-Esprit (ça ne tient pas à grand-chose, donc...). Les accidents arrivent... on réalise assez rapidement pourquoi... On pourrait également se poser la question de savoir si le côté "DisneyLand" de ces visites touristiques est vraiment sain... Ce qui est certain c’est que les touristes aident les mineurs par leur présence et leurs présents... mais les aider, est-ce une bonne opération ?... vaste débat... Quoiqu’il en soit, cette visite nous a fait réaliser bien des choses, et nous aura même filé quelques frayeurs, notamment lorsque le souffle de la dynamite que fera péter notre guide, éteindra les flammes de nos lampes et nous plongera instantanément dans un noir parfait... Nous sortons de là épuisés, choqués, mais néanmoins heureux d’être encore en vie...
La dernière soirée à Potosi sera l’occasion pour moi de goûter enfin à la viande de lama. C’est en compagnie de Paul, Chloé et Andrew que Baptiste et moi partageons cet ultime repas. Chloé est toujours aussi charmante (arrête, Jule !) et Andrew aussi anglais (sortant de ma bouche, cela n’a rien de méchant. Je voue en effet une adoration pour ce peuple depuis le début de notre voyage). Nous finissons à jouer aux cartes dans notre chambre (sans Andrew mais avec Chloé) et faisons même la connaissance de Fidèl, (un Equatorien à qui je ferai la monumentale erreur de demander un tire- bouchon) occasionnellement ivre mais apparemment génétiquement con et raciste (anti-allemand essentiellement) dont la conversation avec Paul tournera rapidement au vinaigre.
Nous trouvons le sommeil peu après minuit (je me réveillerai assez rapidement sans parvenir à me rendormir) et nous retrouvons au matin pour le désormais rituel petit déjeuner.
Nous prévoyons de partir attraper le bus de 11h30 direction Uyuni. Andrew nous rejoindra le jour suivant, la belle Chloé quant à elle partira dans l’autre sens (direction Sucre) ayant déjà égayé de son angélique frimousse le si morne lac salé... Nous la saluons donc, non sans nous faire promettre de nous rendre visite lors de son prochain passage en France.
Nous vérifierons bientôt si le Lac Salé est à la hauteur de sa réputation. Cela doit sans aucun doute être impressionnant...
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire