17 août 2003

Uyuni - Bolivie

Nos quelques jours à Sucre nous ayant un peu déréglé les horloges hormonales, un séjour en milieu désertique devenait plus que nécessaire, histoire de remettre un peu les choses à leur place. Le Sahara n’étant pas à portée de main c’est sur le non moins renommé lac salé d’Uyuni que Baptiste et moi même jetons finalement notre dévolu.

Nous débarquons à Uyuni, en fin d’après- midi, après une excursion en bus tout terrain de près de sept heures pour le moins mouvementées, mais ayant eu tout de même le mérite de nous offrir des paysages assez fabuleux.

C’est en sifflotant une musique d’Ennio Morricone que je pose la Lafuma (la marque de mes pompes) sur le sol poussiéreux de Uyuni. La ville semble en effet au premier coup d’œil rassembler tous les éléments propices à un western des temps modernes : grandes rues larges et vides sur lesquelles flotte une brume blanchâtre sans doute un peu dûe au froid. Le froid justement, cela fait quasiment une semaine que l’on nous met en garde contre lui, les nuits ici sont apparemment semi-polaires, et la température aurait soi-disant une fâcheuse tendance à décroître disproportionnellement avec la descente du soleil. Pour toutes ces raisons…nous débarquons en t-shirt (pas fute-fute, je vous l’accorde…). Paulo, étant depuis deux jours notre boussole, de par son espagnol plus que parfait, nous décidons sans ronchonner de le suivre dans l’hôtel qu’il pointera de la moufle. Son choix s’avérera judicieux.

La ville d’Uyuni nous semblant un petit peu morte et pas vraiment intéressante, c’est sans perdre un instant que nous commençons à sillonner les rues (on a vite fait le tour…) à la recherche d’une agence susceptible de nous proposer un tour, destination San Pedro de Atacama, Chili, à prix abordable . La tache est plutôt aisée, car à Uyuni une boutique sur deux est une agence de voyage. En revanche, gros hic, toutes proposent rigoureusement les mêmes prix, à savoir, pour le tour nous intéressant, 80$US pour trois jours à travers le lac salé, Laguna Colorada et Laguna Verde (entre autres). C’est en serrant les fesses que nous tendons avec un sourire un peu crispé tout de même, la liasse de billets au jeune Bolivien vissé sur sa chaise à roulettes, calé derrière un bureau d’époque Ikea (collection 96). Paul parviendra tout de même à grappiller quelques cinq précieux dollars, ramenant donc la douloureuse à 75$US…ça fait déjà un peu moins mal…

La soirée sera calme. Nous traversons Uyuni (cinq minutes chrono) pour nous rendre à la Loco, un Restau-Pub ne faisant en rien baisser la moyenne Bolivienne de 22,5 français au kilomètre carré. Deux tables remplis de gens de l’hexagone…et un serveur breton…

Un hamburger arrosé à la Huari (une des quinze bières boliviennes…) plus tard, nous voici dans notre chambre à essayer de trouver le sommeil, bercés par une musique récurrente un chouïa casse-bonbons, provenant de la cabane du vendeur de hot-dogs posté pile-poil sous nos fenêtres…

Nous décollons les paupières aux premiers rayons du soleil. Première mission (ou devrais-je dire "expédition") de la journée : la douche. Car si à Bangkok les premiers contacts de l’eau glacée sur nos corps poisseux de sueur nous faisaient friser l’érection, ici à Uyuni, où le climat est rigoureusement inversé, la douche est un cauchemar que je ne souhaiterais pas à mon pire ennemi. En deux mots, on se pèle sévère les arpions !… Je sors de là grelottant pour me glisser dans les mêmes fringues que la veille (ne cherchez pas à comprendre…)

Aujourd’hui, il fait frais, mais le soleil est au rendez-vous. C’est en sa compagnie que, Paul, Baptiste et moi même dégustons un succulent petit déjeuner, que nous ne nous privons pas de savourer, bien conscients que les trois prochains jours risquent fort d’être avares de confort.

Les dix heures bipantes à ma Casio, nous sommes à notre agence, à scruter le bout de la rue, dans l’espoir de voir enfin apparaître notre moyen de transport pour les soixante-douze heures à venir… 10h 03, je râle…et ce n’est qu’un début car à onze heures, nous sommes toujours à Uyuni… On nous balade vers une autre agence…nous apercevons, enfin, à 11h34 notre 4x4. Un Land Cruiser (Toyota, of course…) gris plutôt confort pour quatre personnes. Pas de problème, nous sommes neuf… En plus de notre chauffeur et de la cuistot, nous accompagneront dans ce périple, Victor et Dora, espagnols de souche ainsi qu’Oliver et Sarah originaires quant à eux de ma chère Angleterre que je ne suis pas prêt de cesser d’adorer (le voyage aura aussi servi à ça…). Faites le calcul, avec Paul, Baptiste et moi- même, cela fait bel et bien neuf personnes (je précise que nous emportons nos sacs avec nous…le mien frise les vingt-et-un kilos…).

Et c’est parti pour soixante-douze heures, plié comme une chaise longue avec les genoux qui me rentrent dans le bide. Je râle pendant encore quelques secondes avant de me laisser envoûter par les paroles de la charmante Sarah avec laquelle je taillerai le bout de gras pendant la trentaine de minutes nous séparant de la salière.

Devant nous, une toile de Dali…un rêve , quelque chose d’unique. Comme si cette partie du globe n’avait pas été éditée…ce lac, c’est une page vierge… On cherche des repères pour évaluer les distances, en vain. Au loin, des montagnes mais entre elles et nous, rien. Le vide. Mêmes impressions qu’au ski, manque les remontées mécaniques et les chaussures casse-gueule, en revanche, une réverbération hallucinante dont l’intensité me fera bénir ma paire de fausses "Police" achetée au marché de Bangkok. Le lac salé sans lunettes, c’est pire que le "Bungy jump" sans élastique, définitivement…

Notre Toyota file droit, sur une surface d’une platitude parfaite…moins de turbulences que sur une paire de patins à glace, j’aurais quasiment pu me faire tatouer sur la plage arrière…

Nous stoppons une première fois à l’hôtel de sel dont il est inutile, je pense, de préciser la particularité. Je me surprendrai tout de même à lécher les murs afin de valider le fait que ce lieu soit si célèbre…

Nous embarquons à nouveau pour quarante minutes supplémentaires de ligne droite au milieu du néant avant de stopper à nouveau…prés d’un mirage. Car au même titre que l’oasis au milieu du désert, le rocher couvert de cactus perdu au milieu de rien, se dressant devant nous, nous apparaît bel et bien comme une hallucination : "Bon dieu mais qu’est ce que ce truc fiche ici ??". Je pense qu’un HLM, un vendeur de Kebabs, ou une piscine olympique auraient plus eu leur place ici que cet oursin géant tombé d’on ne sait ou…

Je tourne autour de la chose pendant une trentaine de minutes, la bouche ouverte, l’air con, incapable de dissimuler mon étonnement, avant de reprendre mes esprits et casser la croûte en compagnie de mes huit acolytes voyageurs.

Nous roulerons encore pas loin d’une demi- heure avant d’atteindre "la terre ferme" (nous étions sur ce qu’on appelle "un lac"…). C’est à ce moment précis que je réaliserai l’utilité d’avoir adopté le 4x4 comme moyen de transport. Le chemin est plutôt accidenté… Pour le tatouage sur la plage arrière, mieux vaut à présent oublier, sauf à condition bien sûr d’apprécier l’art abstrait…

Nous atteignons notre toit pour la nuit, celle-ci tombant à peine. Le village s’appelle San Juan…et est vraiment vraiment le coin le plus paumé que l’on puisse trouver sur cette planète. Pas un troquet, pas une mobylette…rien, LA zone… Nous mettrons tout de même avec Baptiste la main sur le lieu à la mode du village. Un, dirons-nous "débit de boissons" où je dégusterai le vin le plus "jus de raisin" de toute mon existence, Baptiste se laissant séduire quant à lui par un classique "milk tea".

Nous reprendrons la route demain jusqu’à "Laguna Colorada". Au programme, paysages de folie et flamants roses (ouais comme dans le générique de Miami Vice !). Messieurs dames, à vos pellicules...

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