La gifle
Il semblerait que l’anglais de France et celui d’ici ne correspondent pas vraiment (mais y a-t-il seulement quelque chose qui corresponde avec notre culture ici?). Nous avions donné rendez-vous à Surguru, notre pseudo-guide, vers les dix heures, il est arrivé à neuf heures. Avec nos cinq heures de sommeils en deux jours, le réveil en pleine forme est plutôt loupé. Côté positif, on n'a pas vu passer le décalage horaire.
A cette heure-ci la ville est plus animée qu'à notre arrivée, on commence vraiment à la découvrir ce matin. Pour dresser un portrait rapide de Chennai, imaginez le Tout-Paris tassé dans une seule rue, et vous aurez une bonne representation de l’artère principale de la ville. Retirez à cela les feux tricolores, les voitures de luxe, les bourgeoises en tailleur Chanel et les caniveaux (mais laissez les merdes et les sacs plastoc), secouez le tout pendant six mois. Rajoutez-y quelques vaches (sacrées et maigres), une pincée de chiens enragés, et une louche de Rickshaw (des petits engins mi-auto, mi-moto qui font chier le monde en roulant à deux à l’heure) et quelques vendeurs de fruits et légumes (800, pas plus…ni moins…) et passez au four thermostat 27°C, taux d’humidité 90% (sur les anciens fours uniquement cette touche là)…bref, qualifier Chennai d’enfer sur terre (pour les riches occidentaux pourris gâtés uniquement) n’est pas en soi une exagération. On voulait du dépaysement…on l’a…
J’ai déjà cherché une vache boulevard Haussmann…sans succès (hormis à la période des fêtes dans les vitrines des Galeries)
Rapidement le programme de notre journée : exceptionnellement je ne citerai pas nos moultes activités de ce Dimanche par ordre chronologique, mais par ordre d’entubage, autrement dit de la plus grande à la plus petite arnaque.
Le gagnant du jour est le musée de Chennai (ou un des musées, on sait pas trop…). A première vue le cadre a l’air plutôt sympathique, mais il renferme en réalité, en plus des vitrines poussiéreuses et vides pour minimum 25% d’entres elles, une belle bande d’arnaqueurs (de touristes…blancs..et donc riches croient-ils…oups, mauvaise pioche…). En effet, il nous a été demandé de l’argent («moné», comme ils disent…) en plus du billet d’entrée (qui, soit dit en passant avait déjà subi une inflation de précisément 2450%, pour cause de peau claire) pour pouvoir visiter une partie du musée soi-disant fermée pour rénovation (ce qui à la vue des bâtiments tenait plutôt la route) et cerise sur le gâteau, une deuxième rallonge pour avoir le droit de photographier les objets exposés (nous sommes suite à celà, restés en apnée pendant le reste de la visite de peur de devoir payer notre droit à respirer).
Deuxième place à l’arraché au parc d’attraction qui lui aussi nous a fait payer une surtaxe pour prendre des photos.
Les deux restos dans lesquels nous sommes allés n’ont, quant à eux, pas eu l’occase de nous piquer notre flouze plus que de raison car les prix étaient inscrits sur la carte.
Voici pour les mauvais côtés…
L’Inde (ou du moins Chennai) est multicolore. Cette description chaotique que nous en avons faite quelques lignes plus haut n’est que la partie visible de l’iceberg.
Ces habitants sont en fait des gens majoritairement heureux (même ceux, qui apparemment ne roulent pas sur l’or) qui parviennent à trouver dans cet enchevêtrement de vaches, klaxons, gaz d’échappements et autres vapeurs nauséabondes, la vraie valeur des choses, choses sur lesquelles, nous, petits privilégiés, n’attachons plus la moindre importance depuis notre première console de jeu.
La pire des autos passe ici pour un carrosse (beaucoup ne vont qu’à vélo…ou à pied…ou ne vont pas du tout), la moindre vache maigre et mourante est malgré tout qualifiée de sacrée (sur la route, ici on les évite pour ne pas les blesser…en France c’est plutôt pour ne pas blesser la voiture) et la plus modeste des chambres d’hôtel (genre la nôtre…) a pour eux la valeur qu’aurait pour nous, la suite présidentielle du Ritz avec jacuzzi, mini-bar et Laetitia Casta, nue sur le lit à baldaquin…bref, les gens vivent (même si certain meurent) pleinement et intensément la moindre sensation.
Notre excursion de cet aprèm’ au parc d’attraction VGP en a été la meilleure illustration possible. Ce parc, apparemment pas tout jeune, et majoritairement rempli de manèges d’époque Gandhi, nous montre les gens au summum de leur joie. Pas besoin de looping au grand huit, ni de projections holographiques dans le train fantôme pour les rendre euphoriques. Il est vrai qu’après être passés par Disneyland, la plupart des attractions nous ont bien amusés, simplement en les regardant fonctionner (du moins essayer de fonctionner…).
Le petit train à moteur a besoin d’un petit coup de pouce de son propriétaire pour finir sa boucle (pourtant pas bien grande), le bateau pirate de quelques bandes adhésives pour rester monobloc et la piste de kart d’un deuxième kart pour organiser une course. Si vous êtes à cheval sur la sécurité de vos enfants (ou de vous-même), s’abstenir car votre progéniture pourrait se retrouver décapitée par le chariot des montagnes russes (j’ai moi-même posé la main sur les rails dix secondes avant son passage), propulsée jusqu’au Sri-Lanka par une chaise tournante (et volante, pour le coup) mal fixée à son arceau, ou encore concassée par le mécanisme (perdu le couvercle !) mise à nue de la grande roue (donc la fixation des nacelles est plutôt douteuse…).
Cependant, si vous êtes friand de vidéo-gag, pensez à vous munir de votre camescope (cassette de quatre heures minimum), car le spectacle de danse du dimanche nous a offert pas moins d’une dizaine de surprises en à peine deux heures, de la bande-son qui saute stoppant net les danseurs en pleine chorégraphie, à l’extinction de voix de l’enceinte droite, en passant par l’invasion de la scène par une meute d’enfants avides d’applaudissements…bref, on a tout eu, sauf l’effondrement de la sus-dite scène…que du bonheur !
Mais après tout, cela est-il vraiment important? Chacun était tellement absorbé par ce spectacle que l’on qualifierait en Europe de bide total que quasiment personne (à part deux couillons pâlichons) n’a vraiment prêté attention à ces nombreux fâcheux événements. Ils étaient tous aux anges, affichant sur leurs visages un sourire figé qui fait plaisir à voir…que cela serve de leçon à ceux qui ne savent pas vivre…
P.S. : les moustiques qui me piquent le dos depuis que j’écris ce message ne vont pas vivre longtemps…eux…quant aux puces qui tapissent mon matelas, je n’en parle même pas…
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