Dingue comme sensation. Nous voici aujourd’hui dans notre ville de départ. C’est en effet d'ici que nous quitterons le plancher des lamas pour notre bonne vieille France, sa bonne fine cuisine, ses bonnes pleines rames de RER et ses bonnes bonnes françaises…
Quito…pourquoi cette ville est elle connue ?...bonne question. Je me rappelle que je la plaçais toujours dans la colonne "ville" quand par malchance la lettre "Q" était tirée au baccalauréat (le jeux ou on choisit une lettre et ou il faut trouver un animal, un légume, une célébrité, une ville etc. commençant par cette lettre…genre Qurabe, Quourgette, Kevin Quostner, et Quito). Bref, nous avons tout à découvrir de cette capitale haute perchée (la seconde plus haute après la Paz) dont nous ne connaissons simplement rien du tout, lorsque nous débarquons sur ses terres après un voyage plutôt tranquille depuis la douche froide "Banos".
La ville nous semble relativement assez volumineuse lorsque nous sortons de la gare dans laquelle notre bus a bien voulu nous déposer. Première chose, nous bouffons…comme des chancres même. Deux sandwichs gigantesques chacun, agrémentés de deux croissants plutôt bons et d’un jus de fruit énergisant, copie maladroite du fameux Gatorade, 100% chimique. Je note au passage qu’en huit mois de voyage, c’est bel et bien la première fois que nous ne trouvons pas de Coca-cola, un comble d’autant plus que nous sommes sans nul doute dans le plus américanisé de tous les pays de notre parcours.
La météo ne nous sourit pas. Dehors, une pluie violente lave la ville, et ceci pendant près de vingt minutes… Nous restons sagement assis, à bouffer en attendant que ça passe. Nous interceptons ensuite le "Trolley", ingénieux mix entre le tram et le bus (nous en avions déjà vu de semblables à Wellington, Nouvelle-Zélande). Nous parvenons, après quelques instants, à mettre la main sur un des nombreux hôtels du Lonely, le "Marseilla", et posons nos sacs dans une chambre modeste mais correcte, nous offrant une vue imprenable sur la vieille ville. Nous avions d’autant plus intérêt à bien choisir notre chambre que nous ne la quitterons pas jusqu’à notre départ, dans huit jours (hormis une nuit, que nous devrions théoriquement passer à Otavalo le vendredi soir, veille du marché).
Quito est coupée en deux par une frontière invisible séparant la ville dite "vieille" de celle dite "nouvelle". Notre visite se fera donc en deux temps.
Nous consacrons nos trois premières journées ici, à une découverte de la nouvelle ville. L’endroit nous apparaît immédiatement bien plus propre que ce à quoi nous nous attendions. Quito est en fait une capitale plutôt sympathique, un dédalle de rues dans tous les sens ou demeure malgré tout un semblant d’organisation.
Un problème cependant, venant plus de nous que d’autre chose. Le gros hic, est que nous avons huit jours à passer ici…et la ou ça coince, c’est qu’à l’issue des quarante huit premières heures…on s’emmerde déjà comme des rats morts…
Notre grande mission cette semaine, sera de mettre la main sur les agences Aéropostal (la compagnie aérienne du Venezuela) et Iberia de la ville afin de confirmer nos billets. Ce sera chose faite au bout d’une bonne balade à pied qui aura au moins eu le mérite de nous faire humer l’air chargé en gaz d’échappement qu’offre le centre de Quito. Nous nous aventurerons aussi dans les quartiers dit "qui craignent" de la ville mais ne rencontrerons comme seul ennemie, qu’un ciel menaçant, vicieux au point d’attendre que nous soyons à perpette de tout abris potentiel pour déverser sur nos têtes de véritables trombes de flotte…résultat, nous voici accueillit dans les vestiaires d’ouvriers municipaux dont la journée s’est prématurément arrêtée, pour la même raison qui nous a poussé à chercher un abris : le mauvais temps… Nous taillons le bout de gras en parlant de ce dont notre espagnol limité nous permet de parler à savoir "el tiempo es muy pluivioso, pienso que es mejor para usted de rentrado a el hotelo"…bon…pas hyper à l’aise d’autant plus que des ouvrières sont à poil de l’autre coté de la toile plastifiée dégueulasse pleine de trous, faisant office de paravent, qui se dressent devant nous. Je rappelle que nous sommes dans les vestiaires et qu’ici on ne se prend pas trop la tête à faire une pièce par sexe…tout le monde ensemble, allez hop !...ça en Thaïlande et c’est le baby boom assuré…
La pluie s’arrête finalement au bout d’une vingtaine de minutes et donne même étrangement place à un ciel bleu encore fragile mais néanmoins plaisant. Nous voici au pied de la monumentale statue de celle que j’imagine être la sainte vierge (j’ai pas trop vérifié à vrai dire…) à mitrailler de photo dans la crainte qu’une seconde douche ne nous tombe sur la calebasse. Nous reprenons ensuite la route de l’hôtel avec un stop tout de même dans un petit troquet ou nous viderons pas loin de deux litres de Coca à deux.
Les jours suivant se suivent et se ressemblent. Nous avons en point de mire notre grande sortie de la quinzaine, à savoir le fameux marché d’Otavalo, qu’il ne faut apparemment louper sous aucun prétexte. C’est ce que nous allons vérifier…
Avant cela, une épreuve… Une épreuve car ce qui devait être une simple formalité se révélera pour moi comme le jour ou j’ai fait la plus grosse boulette du voyage (après celles que j’ai commise en buvant un verre d’eau en inde, et en me baissant pour ramasser un truc en Thaïlande…). Mitad del Mundo, c’est la que nous nous rendons aujourd’hui. Le but de la visite est simple…faire des photos. Avoir un pied dans l’hémisphère sud et l’autre dans l’hémisphère nord, c’est un truc qu’on ne fait pas tous les jours, un truc à immortaliser…donc…
Et bien allons y, immortalisons. Tous se passe bien, Baptiste me prend en photo en train de faire le con sur la ligne rouge de l’équateur, "oh marrant ça, à 12h00 on ne voit pas du tout son ombre", on rigole, on est jovial, je saute partout, on rentre bientôt, je place ces satanées peluches pour conclure en beauté cette superbe épopée Lionno-oursonne, et la, patatra, je te le donne en mille, c’est en tentant d’appuyer sur le bouton pour prendre la photo que le Nikon de Baptiste (et c’est précisément le "de Baptiste" qui m’embête vraiment…) me glisse entre les paluches, une vrai savonnette que je ne parviendrai finalement à récupérer après quelques cabrioles…et qu’elle se soit simplement éclatée contre le rebord de la marche de l’escalier… La savonnette le plus cher du monde, de quoi vous passer l’envie de vous laver pendant un bout de temps.
Je suis péteux, debout comme un gland avec mon demi Nikon dans les mains, observé par Baptiste, une cocotte minutes avec 250 jours de vapeur à l’intérieur. Je déglutis, retire mes moufles (pour être aussi gauche c’est que j’avais au moins des moufles) et part en direction du premier shop pour investir dans l’appareil jetable le plus cher que je n’ai jamais payé. Pour le prix on aurait pu, minimum, avoir droit à un développement gratos en quatre par trois, sur papier glacé, par une Equatorienne en string léopard… Si j’avais trouvé une pelle pour m’enterrer, je pense que je l’aurais acheté, peut importe le prix…
Nous rentrons, par le même bus, dans un silence de mort. Ambiance à couper au couteau qui ne désépaissira pas jusqu’au lendemain…
Nous prenons le bus pour Otavalo le vendredi 26 et débarquons, deux heures plus tard dans un village en pleine activité. Comme d’habitude, pas plus de cinq minutes pour trouver un hôtel, ni une ni deux, et même si le marché n’est que demain, nous prenons la direction du centre ville. L’endroit est plutôt jolie, propre et ordonné. La place centrale est remplie de stands proposant pour la majeure partie d’entre eux, des vêtements de toutes sortes, écharpes, pulls, bonnets, gants, soit disant artisanaux… Habituellement, on me la fait pas à moi…mais en dessous d’un certain prix, on finit pas totalement se contre foutre de savoir si une écharpe a été faite main ou sort des entrailles d’une machine (une écharpeuse ?). Ce que je sais, c’est que cette maudite écharpe GAP paumée dans un bus au Chili équivalait à peu prêt, niveau prix, à vingt cinq écharpes ici…et une chose est sure, moins artisanal que GAP…non la je vois pas…
A droite de la place, des hommes jouent à un jeu que je ne connaissais pour ma part, absolument pas. Un mélange de pelote basque et de tennis, ou deux équipes face à face se renvoient une petite balle dure, sans la moindre raquette…de quoi s’exploser les mimines… Pas plus de filet dans ce jeu, et encore moins d’arbitre. Après dix minutes d’intense observation, je commence à peine à piger qui joue avec qui (bon je suis pas une flèche non plus c’est vrai…).
Notre chemin croisera ensuite, par hasard, celui d’un belge expatrié en Equateur, ou devrais-je dire à Otavalo, village qu’il n’a apparemment jamais quitté depuis son arrivée ici plusieurs années auparavant. L’homme est souriant et parle avec un accent belge à peu de chose prêt semblable à celui de Coluche dans ses meilleures histoires. Amusant. Il nous explique enseigner le français ici, et profite de notre présence pour combler quelques trou dans son cahier de court. Il nous inonde ainsi de question pendant pas loin de une heure et demie, des histoires d’accords, de COD placé avant ou après le verbe, de conjonction de coordination, subordonnée relative, mais ou et donc or ni car, verbe du troisième groupe, ça s’accorde avec le singulier du pluriel de ma belle sœur…au bout de deux heures j’en ai plein la tête. Nous entamerons en plus un sujet limite politique ou l’homme se révélera vraiment comme ayant des idées ridiculement arrêtées sur pas mal de chose, limite agaçant. Il nous racontera tout de même une partie de son histoire, pour le coup plutôt captivante. Il sera passé par tous les stades, exil aux USA, il quitte tout pour une femme (monumentale erreur), se fais lourder, sans emplois, reviens en Europe, SDF à Bruges puis a Paris puis, retour en Amérique du sud…une histoire de fou…mais la je dis "chapeau"…
Nous débarquons le lendemain sur le marché les 10h00 sonnantes. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce marché en jette… Immense, des vendeurs dans chaque ruelle du centre ville. Un monde de fou… Impressionnant mais la encore, gros hic, tous les stands proposent rigoureusement la même chose. De belles choses, certes, mais rigoureusement identiques. Bagues (un peu toc), DVD copiés, et toujours écharpes, gants et tout l’attirail du parfait bonhomme de neige (oui, y avait aussi un rayon légumes proposant des carottes…). Ils vendent pareil, marchandent pareil…font tout pareil… On est bel et bien loin du week-end market de Bangkok, LE marché des marchés… L’intérêt de celui-ci réside en réalité, plus dans le simple fait de se faufiler dans toutes ces ruelles colorées et d’en prendre plein les yeux tant les contrastes sont violents plutôt que dans la qualité et le choix des produits proposés. On en a vu autant la veille sur la place centrale, pourtant jour de "non marché"…
J’achète tout de même quelques bricoles (des écharpes encore et encore…je vais pouvoir ouvrir mon magasin. Un écharpiste ?) et reprend avec Baptiste la route du bus, les 15h00 n’ayant pas encore bipé…
Aujourd’hui est un jour un peu particulier. Mon cher compère fête effectivement ses 24 ans. Pour cette occasion, champ…non, mouss…non, Coca, agrémenté d’un succulent repas offert par un généreux sponsor (merci maman…). On se fait péter la lampe et engloutissons, tenez-vous bien, pour 36$ de nourriture… bon quand on voit le prix d’un jambon beurre à Paris ça fait doucement rigoler, mais le fait est que nous nous gavons bien. "Baptiste, aide moi à me lever, j’ai la glotte qui fait la planche"….
Nous ferons tout de même demi tour devant la boite de nuit lorsque le videur nous pointera du doigt l’inscription "frais d’entrée : 2$"…et ouais, on en est à ce point !
A partir de ce jour ci, nous sommes quasiment déjà rentré. La poignée de jour qui nous sépare de notre vol pour Paris de sera qu’une succession d’heures sur Internet et de balades dans les même ruelles que nous parcourrons en long en large et en travers.
Nous intercepterons ce soir, 29 septembre 2003, un taxi pour l’aéroport ou nous tacherons de passer la nuit sans nous faire foutre dehors…
Notre prochaine nuit dans un lit, nous la passerons en France. Après pas loin de 254 jours de voyages ou nous aurons testé les pires bouges de la planète, cela fait tout de même une drôle de sensation.
Exceptionnellement pas de point de suspension à la fin de cet article car l’histoire est bel et bien terminée. Etonnant de l’écrire aussi facilement tout en ayant autant de mal à l’admettre.
Paris nous voilà.
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