L’humeur est joviale à l’issue de cette trop courte journée et demie passée à Vilcabamba. Journée et demie que nous avons appréciée, sans doute aussi un peu parce qu’elle venait après une série de trajets en bus depuis Huaraz qui nous a paru à tous les deux, simplement interminable.
Nous avions, en quittant les lieux, un peu le moral dans les pompes, rapport à ce fichu tour dans la cordillère blanche, avorté pour cause de panne, et bien conscients que les deux jours à venir seraient riches en transport…
Riche, ils l’ont été... non seulement en transport, mais aussi en galères. Notre premier bus, nous conduit jusqu’à Trujillo. Nous restons sur place deux bonnes heures, à attendre que le jour se lève et que les agences susceptibles de proposer un billet pour Loja, Equateur, ouvrent enfin leurs portes. Nous patientons avec un Pepsi, acheté à un vendeur ambulant aussi aimable qu’une porte de prison. Nous achevons cette attente autour d’un petit déj’ dans le hall d’un hôtel, puis partons, direction le terminal terrestre. Mauvaise nouvelle, direct pour Loja, pas possible... solution, prendre un bus direction Chiclayo, et de là, partir pour Loja. Ok, pour Chiclayo, en voiture Simone...
L’expression "série noire" vous dit-elle quelque chose ? Car la dernière semaine de ce voyage en est l’illustration parfaite. Pire que du Pierre Richard, à la limite du comique. Nous enchaînons depuis Pisco, boulette sur boulette, et bien là, place à la supra-giga boulette qui met tout le monde d’accord, car je te le donne en mille Emile : notre bus tombe en PANNE !!! Pincez- moi je rêve, un saut d’eau, faut que je me réveille... Deux pannes en deux jours, qu’est-ce qui cloche avec le Pérou, qu’est- ce qui cloche avec nous ?
Bref, nous descendons du bus et réclamons le remboursement. Le gars (marrant le gars...) ne nous dépose dans la main que six soles (nous en avons payé dix) soi-disant parce que nous avons déjà parcouru une partie du trajet. Il trouvera, au bout de huit secondes six dixièmes une solution à cet épineux problème, ayant vite compris que ce n’était manifestement pas le moment de nous refuser quoi que ce soit. Il stoppera donc, faute de monnaie, un bus allant dans la même direction, et expliquera au chauffeur que nous avons déjà payé notre billet.
Nous nous installons, et réfléchissons à la nature de la prochaine tuile qui va nous tomber sur le coin de la tronche. Nous scrutons ainsi le ciel à la recherche d’une météorite, la route, en quête d’un hypothétique obstacle que nous pourrions percuter (une vache folle, une girafe échappée du zoo, ou un bus et son chauffeur sous exta venant en sens inverse...), ainsi que les autres passagers avec la crainte que l’un des centenaires posé à l’arrière ne nous claque entre les doigts, ou que l’un des mouflets assis devant nous ne s’ouvre le crâne contre le bord d’un siège ou ne s’étouffe en dégobillant ses Choco Pops, immobilisant ainsi le bus quelques heures de plus en attendant les secours. Nous chercherons, en vain, car, oh miracle, nous arriverons à Chiclayo sans plus de problèmes…
Sur place, même objectif qu’à Trujillo : trouver un billet pour Loja... et même mauvaise surprise : pour Loja, pas possible... Il faut d’abord aller jusqu’à Piura, un peu plus au nord, et de là prendre un bus pour Loja. A force de monter vers le nord, on devrait, en théorie, un jour, finir par passer cette fichue frontière équatorienne...
Un bus de plus (le troisième de la journée) et nous voici, trois heures plus tard, à Piura.
Un peu répétitif tout ça... pas la peine de préciser ce que nous avons fait en arrivant.
Nous arrivons finalement à Loja ce matin du 15 septembre, avec à notre actif, deux nuits blanches dans le bus et pas mal de sommeil à rattraper. Nous remettons le couvert après un petit déjeuner équatorien dégueulasse, avec un petit dernier bus de quarante-cinq minutes jusqu’à Vilcabamba, notre Eldorado.
Vilcabamba est un village assez semblable à Samaîpata (notre seconde étape Bolivienne), de par sa taille et son architecture. Place centrale entourée de quelques ruelles poussiéreuses, abritant plusieurs petits restos et un seul et unique cybercafé à cinq dollars de l’heure, équipé d’antiques IBM tournant sous Windows 3.1 (bon j’en rajoute...un peu!).
Un français croisé à Huaraz nous avait recommandé de loger à l’hôtel "Las Ruinas", situé à une poignée de dizaines de mètres du centre ville. Vingt minutes de marche plus tard (les poignées étaient plutôt grosses...), nous voici à la réception, en train de remplir les formalités d’usage (identité, âge, nationalité, numéro de passeport et tout le tralala…). La chambre coûte six $US, ce qui est finalement assez peu lorsque l’on prend en compte le fait que sont mis à notre disposition, une piscine, un bain turc, un sauna, un jacuzzi, une salle vidéo avec la vidéotech assortie (y a même une télé et un magnéto dans la chambre, et au bord du jacuzzi...) ainsi que des VTT, et une salle de billard, baby-foot, table de ping-pong, de plus, le petit déjeuner est compris dans le prix.
Première chose après avoir payé : je m’endors dans un hamac. Baptiste, pendant ce temps, goûtera à la piscine. Lorsque je me réveille, près d’une heure et demie plus tard, il dort. Je tiens une pêche d’enfer (les hamacs me réussissent vraiment) et commence à regarder autour de moi, juste histoire de voir un peu, avec qui je vais passer la prochaine journée. Deux australiens bronzent au bord de la piscine, sur les chaises longues, un couple d’allemands, et assis autour de la table de jardin, encore des allemands (trois filles et un gars) bouffent des sandwichs. Le billard est quant à lui occupé par un couple de suisses. Le jacuzzi est vide... je m’en vais donc le remplir.
Je choisis une cassette dans la vidéotech (ce sera finalement "Turbulences 2", "Apt Pupils" ne marchant pas... pas de commentaires sur le choix please... ), lance le film et plonge dans une eau à trente-cinq degrés, bouillonnante à souhait... un véritable moment de bonheur... Je ne sortirai que lorsque la cassette s’emmêlera dans le magnéto en plein milieu du film... la pouasse !
Baptiste révéillé, nous partons faire un petit tour en ville en VTT. Je déguste pour ma part une petite glace, Baptiste ne se laissant tenter que par un Coca.
Vilcabamba nous plaît... mais il manque manifestement quelque chose. Un motivant, quelque chose qui nous fera nous rappeler cet endroit.
Ce quelque chose est en fait un quelqu’un (ou plutôt quelqu’une... ) et débarquera à l’hôtel en début de soirée. Elle s’appelle Gundula, et est assurément bien plus belle que son prénom. Gundula est originaire d’Allemagne (de Stuttgart très exactement) et voyage en Equateur pour une durée de trois semaines. Elle a une voix douce, des yeux d’un vert émeraude que laisse entrevoir une chevelure brune se cuivrant au soleil, une taille fine donnant suite à une généreuse poitrine, et de longues jambes que finissent des baskets style "Van’s", lui donnant un air décontracté et naturel, aux antipodes d’un pot de peinture en talons aiguilles (vous me direz, pour voyager, les talons aiguilles sont assez peu utilisés, et je vous répondrai : correct...).
C’est le soir venu, au bar surplombant la piscine que nous ferons réellement sa connaissance. Avec elle, nous parlerons également avec Dave, Londonien de souche, Jurgen et Eva (le couple suisse, en voyage d’un an autour du monde...) et les deux australiens (de Melbourne plus exactement...) dont les noms m’échappent. Nous taillerons ainsi le bout de gras, jusqu’à la fermeture du bar, à 22 heures précises.
Je ne mettrai guère de temps à m’endormir, sombrant dans des rêves fabuleux où Laetitia Casta a laissé sa place à une certaine Gundula. Un rêve tout ce qu’il y a de plus soft, ou personne n’est dévêtu, la jeune femme n’ayant en rien besoin de cela pour briller, telle la pierre précieuse dont ses yeux ont volé la couleur...).
C’est à huit heures précises que je me réveille, afin de ne pas louper le petit déjeuner servi une demi-heure plus tard. On nous avait prévenus, ce petit déj’ là, c’est quelque chose. D'abord, il est à volonté, ensuite, le choix est énorme. Des céréales, des œufs (brouillés ou au plat), pain, pancake, beurre, confiture, miel ainsi que le choix entre café, thé ou chocolat pour les boissons chaudes, le tout agrémenté d’un jus de papaye pas à la hauteur d’un traditionnel jus d’oranges, mais somme toute correct.
Baptiste et moi nous gavons comme des oies, conscients que le prochain repas ne sera pas avant le soir (pour cause de bus... encore deux de plus jusqu’à Cuenca...). Ce grand moment de bonheur sera partagé avec tous nos amis de la veille, dans une atmosphère joviale et détendue.
Nous consacrons avec Baptiste, nos derniers instants à Vilcabamba à jouer au billard, tout en discutant avec Jurg et Eva. Gundula nous rejoindra un peu plus tard, rendant la concentration un peu difficile (c’est évidemment la raison pour laquelle j’ai perdu...).
Nous quittons l’hôtel en fin de matinée, ne manquant pas de saluer tous nos éphémères amis (c’est finalement la chose la plus dure dans ce voyage... il faut tout le temps dire au revoir...).
Peut-être aurons nous la chance de recroiser Gundula à Quito, son avion décollant de la capitale, précisément un jour avant le nôtre. Elle ne nous sourit (la chance, pas Gund') que très modérément depuis une semaine... si la roue doit tourner, c’est maintenant ou jamais.
Nous prendrons à 11h 30 notre bus de retour pour Loja, puis tenterons d’attraper le plus vite possible, celui qui nous emmènera à Cuenca, ville qui, selon les dires de tous, est à visiter absolument. Espérons qu’elle sera à la hauteur de sa réputation...
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